L'architecture
Sergio Binello et le Ryad Dar Giulia, fruit de rencontres, l'une avec le Maroc,
l'autre avec Marrakech, Il était une fois, cela pourrait débuter ainsi, un architecte cherchant un
nouvel horizon, une autre source d'inspiration, las des merveilles baroques de
Naples ou des rigueurs de la France, notre artiste découvre au détour d'un
séjour de vacances, une ville forte et douce à la fois, tapie derrière ses
murailles au rouge passé, la magie Marrakech commençait à opérer.
Essayant de résister au filtre subtil distillé par la Ville rouge, notre
architecte se lance dans une visite studieuse du Maroc, ses pas l'entraînent de
Fès à Tanger, de Tétouan à Azila, de Ouarzazate à Goulimine, il veut tout voir,
tout ressentir, mais qu'est-ce donc que ce pays où la couleur est un don de la
lumière, les formes et les matières filles de la rencontre entre un Orient et un
Occident, si loin et si proches.
Il croque, griffonne, photographie, trie, classe, range, évalue, compare...
Mais l'évidence s'insinue, Marrakech revient avec son cortège de clichés, c'est
idiot se dit notre architecte, pourquoi ? Le doute s'installe et enfin la certitude, Marrakech est le lieu où son projet
verra le jour, l'architecture simple des douars ou la sophistication des
monuments Almoravides, le clin d'œil art déco de Gueliz et les fantaisies de la
Palmeraie, voilà les stimuli dont notre artiste avait besoin, maintenant il
faudra assimiler, digérer, projeter et construire.
Dar Giulia vit le jour au pied de l'Atlas sur une terre à blé de la Vallée de
l'Haouz, un oued bordé de figuiers de barbarie lui sert de berceau, la montagne
enneigée de nourrice bienveillante.
L'architecte s'agite, tempête, les complexités de ses dessins déroutent les
artisans, les matières, les techniques doivent se plier à la vision, l'artdéco
flirte avec la tradition, le ryad et ses règles essayent de résister aux coups
de boutoir du monumental.
Dar Giulia se déploie, s'étire, se pare de tadelakts soyeux, de bejmat austères,
de salles de bain graves inféodées aux rites du bain oriental, ses façades se
mirent dans une piscine aux reflets de torrent loin des bassins turquoises,
pacotilles trendy des villas de luxe.
Les salons s'étoffent, des ventilateurs d'un autre temps les agitent de leur
souffle, les étagères se couvrent d'objets glanés tout autour de la
Méditerranée, les tapis Chichaoua voisinent avec l'albâtre d'Egypte, les tissus
de Tunis, les masques de la lointaine Côte d'Ivoire.
Les roses et les oliviers disputent l'espace aux cactées charnues, aux pies
intrépides et aux tortues paresseuses.
Le décor est planté, Dar Giulia s'épanouit, le rose aux joues, sa chevelure de
verdure ondule au gré des brises, l'architecte est heureux, il a fait ce qu'il
désirait, l'art déco a rencontré l'architecture traditionnelle, l'espace et le
temps sont réconciliés.









